Pontaniou dort et attend

28 octobre 2018 0 Par Christophe

Au-dessus du bâtiment aux Lions et de la rue Saint-Malo, la vieille prison de Pontaniou attend. La prison dort, mais son sommeil doit être troublé par les souvenirs de ceux qui ont souffert ou sont morts entre ses murs : prison pour femmes, puis pour marins, lieu de torture et d’assassinat de résistants et enfin, prison bondée au sortir de la guerre. Cette mémoire ne peut ni ne doit s’effacer du bâtiment. Elle ne peut pas non plus se limiter à une plaque vissée sur un mur. La prison attend un nouvel avenir.

Photo de Joseph Bekkari

Après sa fermeture en 1990, la municipalité de Brest a acquis la prison de Pontaniou pour une bouchée de pain. Puis elle l’a laissée dormir, tout comme le reste du quartier. Aujourd’hui, un groupe privé estime que la vue sur la rade et la proximité des Capucins conduisent à une valeur un peu supérieure à la bouchée de pain estimée initialement. Alain Masson certifie qu’il y aura un mémorial sur le site, mais reconnaît que ni sa forme ni son emplacement n’en sont définis : assurément, le dit mémorial sera si insignifiant qu’il n’aura pas d’impact économique sur le projet du promoteur… une nouvelle plaque ? Est-ce que la petite plus-value entre 1990 et 2018 justifie d’effacer cette mémoire de Recouvrance.
Nous pouvons entendre que la période n’est pas la plus adaptée pour un grand projet culturel de 1630m² et qu’un projet mêlant mémoire publique et logement serait plus adapté. Les militants brestois de la France Insoumise considèrent que pour mener un tel projet, il est de loin préférable que le bâtiment, lui, reste public : il sera bien plus facile à la collectivité de gérer quelques logements via BMH voire le CROUS que de s’assurer qu’un promoteur immobilier remplit correctement ses obligations culturelles.
Bien souvent, l’argument de la dette est brandi : un tel projet creuserait celle de la collectivité ? L’argument est un trompe-l’œil : le bâtiment existant ne vaut pas grand-chose, son estimation par les domaines ne couvre même pas son emprise constructible et pour l’instant il est insalubre. Lorsqu’elle aura effectué le programme de rénovation pour un montant proche de 6 millions de travaux, la collectivité aura une dette du même montantmais disposera d’un  bâtiment valant à peu près autant. Comme les finances de Brest sont saines et que la ville est peu endettée, elle perdra nettement moins en intérêts que le promoteur immobilier.
Il est temps de réveiller la vieille prison endormie et de la faire vivre dans son quartier. Brest se doit de conserver et valoriser son passé dont la plupart des témoins ont été effacés.