Décloisonner le débat sur les rythmes scolaires

7 mars 2019 0 Par Christophe

La mairie de Brest doit redéfinir en cette fin d’année scolaire le PEDT (Projet Éducatif De Territoire) qui sera valable pour trois ans (de 2019 à 2022). Ce PEDT doit organiser la semaine de travail dans les écoles publiques… Autrement dit le rythme de vie de nos enfants : ceux qui restent « seulement » sur le temps d’enseignement et de cantine ont déjà 35,5h de présence à l’école (35h ? Pour prendre de bonnes habitudes ?)

Il a été organisé quatre types de « consultations » – toutes aussi orientées les unes que les autres. Drôle de consultation : le médecin avait déjà décidé du traitement à appliquer et les patients devaient surtout ne rien dire de leurs symptômes…

  1. Une « évaluation » des différentes façons d’organiser la semaine de 4 Jours 1/2 a été demandée mais sans jamais remettre en cause le principe même des 4 Jours 1/2. Cette évaluation a été confiée à un « cabinet de conseil privé  » payé par le contribuable. Ensuite, elle s’est limitée à 5 écoles sur les 70 de Brest. Enfin, elle reste très difficile à consulter, ce qui est bien dommage car son bilan local et national était franchement mitigé : aucune des organisations proposées dans le cadre imposé n’était jugée satisfaisante pour les enfants !
  2. À Brest, en fin d’année scolaire 2017-18, des réunions ont été menées dans chaque école mais dans un cadre sacré : celui des 4 jours 1/2. Seules étaient retenues les interventions positives permettant d’améliorer (à la marge) l’organisation de la semaine dans ce cadre-là. Il était impossible aux écoles d’échanger entre elles… diviser pour mieux régner ? À chaque remarque faite contre les 4 jours 1/2, la réponse était « mais il n’y a que dans votre école que cela pose problème. Ailleurs, tout va bien. »
  3. La mairie a proposé l’élaboration d’un nouveau PEDT au cours « d’ateliers participatifs » qui ont mobilisé des foules immenses (sur invitation) : 50 « personnes non identifiées » en octobre 2018, plus que 47 en novembre.
  4. Les enseignantes ont été oubliées le plus longtemps possible : « On peut s’étonner de parler de concertation quand le comité qui permet aux représentants des enseignants d’exprimer la position des collègues n’a pas été consulté depuis plus d’un an. De même, on peut considérer qu’une fois la question de la semaine à 4 jours ou 4,5 jours est balayée de la main, le dialogue reste limité. […] Une fois de plus, on est sorti de cette réunion avec l’impression désagréable que l’école est le moment où on prend en charge les enfants entre deux temps périscolaires. » (Snuipp29, 28 février 2019)

Or ce sujet concerne près de 7 600 élèves des écoles publiques brestoises et leurs parents, 153 ATSEM, 29 directrices ALSH, 170 agentes d’entretien, 62 animatrices en pause méridienne, 35 animatrices en TAP et – faut-il le rappeler ? – toutes les enseignantes1L’usage de l’accord majoritaire dans cet article est assumé, et éclaire le triste lien entre féminisation et dévalorisation de certains métiers. des classes de ces quelques 70 écoles. Moins de 1% des personnes concernées a été « consulté ». Parmi les sujets abordés, qui a parlé d’égalité entre les sexes dans le travail ? Qui a parlé de la fatigue des enfants depuis la mise en place des 4 jours 1/2 ?

Quand la France Insoumise prévoit d’associer les citoyens aux décisions, c’est bien pour leur transférer une part du pouvoir de décision. Ils doivent avoir accès à l’ensemble des éléments, y compris les études scientifiques, et disposer du temps nécessaire à construire leur avis. Une fois de plus, le maire utilise de bien grands mots pour faire « vivre » la démocratie sur son territoire, alors qu’il emballe une décision déjà prise : allongement de la pause méridienne dans le cadre des 4 jours 1/2. Circulez !

Il existe pourtant une instance réunissant familles, enseignantes, représentants de l’inspection, agentes du territoire et le représentant de la mairie : le Conseil d’École ! Ce conseil est l’instance principale de l’école, c’est l’organe de concertation institutionnelle et il est doté de « compétences décisionnelles ». Avec les TAP, les associations d’éducation populaires sont plus impliquées dans les écoles : plutôt que d’en profiter pour contourner l’instance existante, il aurait fallu les y inviter ! S’il s’agit d’harmoniser le temps scolaire sur la ville, il ne faut pas cloisonner les écoles dans des discussions artificiellement séparées, mais construire avec l’ensemble des Conseils d’École de la ville de Brest plutôt que d’imposer un diktat dont pâtissent nos enfants ! Il est plus que temps de diffuser l’ensemble de ces avis afin de préparer un avenir en commun dans nos écoles.