Ces satellites qui éclipsent la démocratie

22 novembre 2019 0 Par Christophe

À Brest, l’habitude très fermement ancrée dans  la majorité sortante est celle de confier la gestion de ses équipements à ses satellites, sociétés plus ou moins privées et plus ou moins contrôlées par la ville et la métropole.

La plus grande part du gâteau revient à Brest’aim, société d’économie mixte à 71% publique (métropole et ville) et à 29% privée. Si de nombreux administrateurs de la SEM sont aussi conseillers municipaux et/ou métropolitains, le pilotage est distant, et on ne retrouve pas les prises de position des élus au sein du conseil d’administration. Y a-t-il un pilotage politique de la SEM, ou n’y a-t-il qu’une chambre d’enregistrement validant les volontés du directeur ? Contrairement aux conseils municipaux, ces conseils d’administration ne sont pas publics, pas plus que leurs compte-rendus. Les rapports d’activité ne font état ni de débats internes, ni des choix qui ont été envisagés. Ce ne sont que des bilans, qui viennent remplir l’épaisse liasse de documents que les élus vont valider en Conseil, sans critiquer les décisions prises par la SEM, ni pouvoir l’orienter dans le futur.

C’est ainsi que les mêmes se retrouvent en conseil municipal à se gargariser des actions pour l’égalité femme-homme, diffusent un guide contre le harcèlement de rue, manifestent contre les violences faites aux femmes et accueillent le même jour un salon dit de l’érotisme. En pratique ce salon s’appuie sur les producteurs des porno les plus dégradants pour les femmes, tout en accablant les Brestoises et les enfants de publicités immenses, agressives et sexistes. Mais tout cela se passe derrière le paravent “Brest’aim”, qui permet aux élus de se laver les mains de leurs 71% de complicité économique et leur totale complicité politique : quand on a plus de 50% des droits de vote, on ne peut pas se défausser.

Espace “Hot” au salon de l’érotisme : brochette de femmes-objets

Une plus petite part de gâteau, mais ô combien symbolique, revient à la société publique locale Les ateliers des Capucins, plus communément nommée SPL des Capucins (70% métropole, 30% ville). Elle ne s’exprime en conseil municipal ou métropolitain qu’au travers de ses bilans, jamais sur ses valeurs. Elle prévoit si peu de transparence qu’elle n’a pas pris la peine de créer un site internet où afficher un jour ses compte-rendus de CA, les noms de ses administrateurs, ou un bilan de ses actions. Elle se contente d’une page sur facebook — merci Zuckerberg — et d’une boîte aux lettres électronique hébergée par la métropole. C’est ainsi que les mêmes qui se gargarisent de la rénovation énergétique des écoles de la ville laissent passer une piscine temporaire, puis le gouffre énergétique d’une patinoire temporaire. Ils baptisent une place “Fraternité”, puis y mettent des bancs sur lesquels il est impossible de s’allonger.

“Ça fera plaisir aux Brestois”, disent-ils de la patinoire temporaire, oubliant que l’animation est loin d’être gratuite pour les usagers. S’il s’était agi d’initier les habitants au patin à glace, il eût été bien préférable de les inviter à la patinoire permanente dont dispose déjà la ville (à 71%, derrière le rideau opaque de Brest’aim), et dont les circuits frigorifiques permanents ont un meilleur rendement. Et comme Bellevue, c’est moins central que les Capucins, on pourrait en profiter pour rapprocher la place Napoléon III du reste de la ville, en rendant gratuite la ligne 1 (et la 5, et la 9, et la 6, et les autres). Le transport en commun financé collectivement, ça crée du lien social, de la liberté, et ça évite de dupliquer, en moins bien, des équipements existants.