Brest a peur ! L’humain et la raison au service de la sécurité

16 janvier 2020 0 Par Rémi Vandeplanque

« Vidéosurveillance autour des bâtiments publics à ma droite… qui dit mieux ? Un peu plus à droite, la vidéosurveillance de Strasbourg à Recouvrance ! Adjugé !

Police Municipale à ma droite… qui dit mieux ?
Un peu plus à droite, une Police Municipale armée ! Adjugé ! »

À l’approche des élections municipales, les tenants de la sécurité et de l’ordre public rivalisent d’idées novatrices (hum…) dans la surenchère sécuritaire.
À en croire leurs cris d’alarme et de détresse, il ne serait plus possible de déambuler en paix dans les rues de Brest sans se faire détrousser, de profiter des terrasses de café sans se faire agresser, de flâner les soirs d’été sans se faire injurier.

Se rendent-ils seulement compte à quel point leurs propos anxiogènes alimentent les fantasmes, inoculent dans les cœurs et les esprits cette angoisse diffuse, ce poison qu’il est d’usage d’appeler sentiment d’insécurité ?

Souriez, vous êtes filmés.

Il ne s’agit pas de nier la réalité des faits de délinquance, ni d’en disculper les auteurs.
Il ne s’agit pas de minorer le traumatisme d’une agression ou d’une insulte, les meurtrissures et les séquelles, tant physiques que psychiques, que doivent apprendre à supporter celles et ceux dont la vie a basculé le jour où le terme « victime » a pris brutalement une signification dramatiquement tangible.
Il ne s’agit pas, enfin, de se résigner à voir notre semblable en humanité, devenir une donnée anonyme dans les statistiques annuelles de la délinquance et de la criminalité.

Pour autant, s’il est un domaine qu’il convient d’aborder avec prudence, tant peuvent être lourds de conséquences les choix en la matière, c’est bien celui de la sécurité.
Il serait parfaitement inconsidéré de se laisser guider par nos passions, de réagir aux évènements sans anticipation, et de laisser le fait divers orienter notre action, à l’image de ces gouvernements successifs qui multiplient les lois liberticides, au gré d’une actualité parfois tragique, sans même prendre le temps d’évaluer les effets des précédentes.

Avant de déplorer une flambée de violence et de dépeindre une Brest en état de siège, il n’est probablement pas inutile de se pencher un instant sur les chiffres officiels du Contrat Local de Sécurité. Nous y apprenons notamment que, de 2003 à 2017, le nombre des crimes et délits est passé de 12708 à 10854.

Entendons-nous bien, ce n’est en aucun cas réjouissant, ni même satisfaisant. Mais n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, la situation n’exige pour autant pas de se livrer à une course aux armements, de nature à ajouter un surcroît de tension dans un climat social déjà bien éprouvant, et à fracturer un peu plus une société déjà bien malmenée.

BREST À VENIR❗️ A D’AUTRES AMBITIONS !
Au mirage technologique, aux coups de menton et à la tentation autoritaire, tristes horizons pour une ville en commun, nous préférons l’humain, l’écoute, la solidarité.

La vidéosurveillance, pudiquement appelée vidéoprotection, manière bien dispendieuse de cacher la poussière sous le tapis en déplaçant la délinquance, n’est parvenue jusqu’ici qu’à faire la preuve de son absurdité, avec un taux d’aide à l’élucidation qui frise le ridicule, atteignant à grand peine les 3% pour les plus optimistes des observateurs.

À l’heure où la reconnaissance faciale est évoquée à une fréquence alarmante, il ne saurait être question de préparer le terrain à la reconstitution grandeur nature d’une dystopie orwellienne.

La Police Municipale, qu’on veut nous imposer comme une évidence incontournable, en dit quant à elle très long sur l’état de déliquescence dans lequel se trouve une République supposément « Une et Indivisible », qui se doit de garantir à chacun LIBERTÉ d’aller et venir en toute sécurité, et ÉGALITÉ d’accès aux services publics.

Par conséquent, nous n’acterons pas le désengagement progressif de l’État dans ses missions régaliennes. Nous n’accompagnerons pas la baisse des effectifs de la Police Nationale en recrutant des policiers municipaux. Nous ne ferons pas entrer Brest dans l’ère de la surveillance permanente et du soupçon généralisé.

Nous faciliterons l’accueil et l’hébergement des femmes victimes de violences conjugales. Nous mettrons tout en œuvre pour leur permettre de se reconstruire, pour accompagner celles qui le souhaitent dans leurs démarches judiciaires.
Nous agirons de même pour tous ces jeunes, chassés de leur foyer pour avoir eu l’audace d’affirmer une orientation sexuelle ou une identité de genre encore mal acceptées.

Notre corps de médiateurs, constitué de personnes qualifiées, formées à l’écoute et aux relations humaines, sillonneront la ville, disponibles jour et nuit sur simple appel, pour apaiser les tensions entre voisins, créer un climat de confiance avec la population, assurer une présence humaine, bienveillante et rassurante, dans les rues de Brest.

Nous soutiendrons les structures de quartiers, nécessaires lieux de FRATERNITÉ et indispensables maillons de l’éducation populaire, qui permettent d’accepter l’Autre dans sa diversité.
Le budget participatif conséquent que nous mettrons en place sera l’occasion pour chacune et chacun d’entre nous de prendre part avec enthousiasme à des projets communs, de définir ensemble l’intérêt général.

Les transports en commun gratuits enfin, en favorisant la mixité sociale et les déplacements intra-urbains, contribueront à rapprocher des mondes que tout sépare, qui s’ignorent et qui se craignent.

Contre le repli sur soi et l’individualisme forcené, mettons la justice sociale au cœur de nos préoccupations, car il n’est pas de sécurité sans solidarité.