Le second tour ne doit pas avoir lieu en juin

Réponse à François Cuillandre et au PS (entre autres).

Les débats de ces derniers jours autour de la tenue, ou non, du second tour de l’élection municipale en juin, donnent à voir le pire d’une oligarchie politique pour laquelle les élections ne sont qu’un prétexte pour se réinstaller dans des fauteuils qu’ils n’espèrent jamais quitter. Le PS, LR et bon nombre de maires sortants défendent le second tour en juin : et si cela pose un problème démocratique, peu importe !
Commençons par dire qu’il ne suffit pas que le conseil scientifique considère lundi que le second tour puisse avoir lieu pour que cela ne pose aucun problème politique : pour ce qui est de cela, le jugement citoyen est seul à importer.
Localement, François Cuillandre se joint à quelques maires PS du pays pour commettre une tribune dans le JDD, et nous en donne un avant-goût dans Ouest-France. Sans surprise, il ne dit rien de l’abstention massive du 15 mars dernier, pas davantage que le soutien de Bernardette Malgorn, Gérard Larcher, qui fait des pieds et des mains pour avoir son second tour en juin, et ses sénatoriales en octobre.

Insincérité du scrutin du 15 mars

À Brest, 37% des électeurs se sont déplacés le 15 mars dernier, contre 51% en 2014, plus de 10 000 électeurs en moins. L’élection de 2014 était déjà terrible : la moitié des Brestois n’avaient pas choisi l’équipe municipale.
Mais en 2020, la situation est bien pire : des appels à l’abstention ont eu lieu sur des grands médias pendant l’après-midi du scrutin, et avaient été relayés par des collectifs de soignants quelques jours avant. L’épidémie a renforcé considérablement l’abstention et pose la question de la sincérité du scrutin. La première raison politique de refaire les élections en septembre, premier et second tour, est donc relative à la sincérité du scrutin : les résultats ont été sérieusement affectés par l’abstention supplémentaire, qui a touché encore plus les milieux populaires et les jeunes.

Exclusion et absence d’unicité du scrutin en juin

La seconde raison de refuser la parodie de démocratie défendue par les divers élus PS ou LR est la suivante : il n’y a pas d’unicité de l’élection. Le second tour a communément lieu une semaine après le premier, afin que l’élection soit accomplie dans un même mouvement de délibération. En ce cas, plus de trois mois sépareraient le premier du second tour, remettant en cause fortement ce principe d’unicité du scrutin. S’il n’y a pas unicité, alors l’élection n’existe plus : elle est frappée de fausseté et d’illégitimité.
Il faut refuser le second tour en juin pour une bonne raison : s’il avait lieu, cela reviendrait à refaire de nouvelles élections sans permettre à toutes les listes de se présenter. Ce serait une élection fondée sur l’exclusion d’une partie des citoyens. Dans ces conditions, les démocrates n’auraient aucune raison d’y participer.

La nécessité d’une nouvelle élection

Il faut donc une nouvelle élection. François Cuillandre utilise un argument spécieux dans son entretien avec Olivier Pauly dans Ouest-France : refaire les deux tours là où il y a un second tour en septembre reviendrait à créer « deux catégories d’électeurs » en France, puisque certains premiers tours sont validés. Et que pense-t-il de la catégorie d’électeurs restés à la maison parce qu’ils ont préféré l’isolement à l’isoloir ? Elle est bien plus concrète que ses arguties.
Il faut, au moins, un nouveau premier partout où le second devait avoir lieu, d’autant plus que les conditions du premier tour ne seraient plus du tout les mêmes. Qui peut penser sérieusement que les deux derniers mois que nous venons de vivre n’ont pas modifié significativement les équilibres politiques et les réflexions des citoyennes et citoyens ?

La mauvaise farce

L’impératif, pour les « lourdes décisions » qui s’annoncent, comme écrit Cuillandre, est effectivement de bénéficier de la légitimité démocratique nécessaire : deux tiers d’abstentionnistes au premier tour ne le permettent pas.
Personne ne participerait à un second tour qui sortirait de nulle part, que ce soit pour des raisons d’inquiétude sanitaire ou de principes démocratiques. En outre, l’état d’urgence sanitaire qui invite les personnes fragiles à rester chez elles dure jusqu’au 10 juillet : comment penser tenir une élection dans ces conditions ?
Valider ces fausses élections serait une farce pour notre démocratie, et il est évident que le second tour, s’il se tenait sans nouveau premier tour, serait une comédie bien triste pour ceux qui sont attachés aux principes démocratiques.