#2 / juillet 2026

Par Soulef

1er mai : ils veulent nous le reprendre !
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Chaque année, le 1er mai revient comme un rituel. Un jour férié, des manifestations, quelques brins de muguet. Mais derrière cette date, il y a une histoire de luttes, de sang et de conquêtes sociales. Une histoire que certains préféreraient voir s’effacer.


Une journée née dans la lutte
Le 1er mai ne tombe pas du ciel. Il trouve son origine dans les grandes mobilisations ouvrières de la fin du XIXe siècle, notamment aux États-Unis, où les travailleurs revendiquaient la journée de 8 heures.


Le 1er mai 1886, des centaines de milliers d’ouvriers se mettent en grève. À Chicago, la répression est violente : plusieurs morts, des militants condamnés. Cet épisode, connu sous le nom d’affaire de Haymarket, marque durablement le mouvement ouvrier international.


En France, la date s’impose progressivement comme journée de lutte. En 1891, à Fourmies, l’armée tire sur des manifestants : neuf morts. Le 1er mai devient alors un symbole fort de la lutte pour la dignité et les droits des travailleurs.


Dès l’origine, le 1er mai est une journée de lutte, pas de célébration.


De la lutte à la conquête
Ce n’est qu’au XXe siècle que le 1er mai devient un jour férié et chômé. En France, il est officiellement reconnu en 1947.


Mais surtout, il incarne les grandes conquêtes sociales :

  • la réduction du temps de travail
  • les congés payés
  • la protection sociale
  • les droits syndicaux


Ces acquis n’ont jamais été accordés : ils ont été arrachés.
Comme le rappelle l’esprit du premier numéro d’À bâbord, qui souligne l’importance des luttes collectives dans l’histoire locale et sociale, ces conquêtes sont toujours le fruit de mobilisations.


Une journée vidée de son sens ?
Aujourd’hui, le 1er mai est menacé dans sa portée symbolique.


Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ouvrent la voie à une remise en cause de son caractère chômé. Sous couvert de “souplesse” ou de “liberté de travailler”, certaines dérogations permettent à des secteurs toujours plus nombreux de faire travailler leurs salariés ce jour-là.


Derrière ces mesures, une logique : banaliser le 1er mai, le transformer en un jour comme les autres.


Mais peut-on vraiment parler de liberté quand refuser de travailler expose à des pressions, voire à des sanctions implicites ?


Ce qui se joue : bien plus qu’un jour férié
Le 1er mai n’est pas seulement une date. C’est un symbole.


Le faire travailler, c’est envoyer un message clair : les conquêtes sociales ne sont plus intouchables.


C’est aussi fragiliser un moment d’expression collective. Car le 1er mai, c’est le seul jour où, partout dans le pays, les travailleurs peuvent se rassembler, manifester, faire entendre leurs revendications.


Le vider de sa substance, c’est affaiblir cette capacité à faire bloc.


Se souvenir pour mieux résister
Dans un contexte de recul des droits sociaux, de précarisation du travail et d’affaiblissement des services publics — comme le montre par exemple la crise de l’hôpital décrite dans ce numéro — la question du 1er mai prend une dimension particulière.


À Brest aussi, le 1er mai est une histoire de luttes
Ville ouvrière et port militaire, Brest a longtemps été un haut lieu de mobilisations sociales.


Dès le début du XXe siècle, les ouvriers de l’arsenal participent massivement aux manifestations du 1er mai. Grèves, défilés, affrontements parfois : la revendication des droits sociaux s’inscrit dans le quotidien de la ville.


En 1919, dans un contexte de tensions sociales fortes, les marins et ouvriers brestois se mobilisent pour leurs droits, prolongeant un esprit de contestation qui marquera durablement l’histoire locale. Comme le rappelle le premier numéro d’À bâbord, ces luttes ont façonné l’identité d’une “Brest la rouge”, solidaire et combative.


Plus récemment encore, Brest reste une ville de mobilisation : contre les réformes des retraites, pour la défense de l’hôpital public ou des services publics.
Le 1er mai n’y est pas qu’un symbole : c’est une tradition vivante.


Se souvenir pour résister
Se souvenir de l’histoire du 1er mai, ce n’est pas regarder en arrière. C’est comprendre que rien n’est acquis.
Chaque droit peut être remis en cause. Chaque conquête peut être fragilisée.
Et que, face à cela, une seule chose n’a jamais changé : la nécessité de se mobiliser.