#2 / juillet 2026

Par Caroline

De l’autre en nous
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Une version audio de cet article est proposée pour favoriser l’accessibilité et l’inclusion de l’ensemble des lecteurs.

J’ai lu un livre, de ces livres relevant de travaux scientifiques et vulgarisés dont il me semble que, dans ce chaos mondial généralisé, le contenu « révolutionnaire » que j’y ai perçu devrait être largement diffusé.


La science, au service de la révolution et non de la révolution dans le sang et la violence mais de celle, pacificatrice, qui par ses révélations pourrait tout renverser, ou plutôt comme tout retourner dans un mouvement giratoire qui nous ferait d’abord nous retourner sur nous-même et au-delà, en nous-même.


A l’heure où des millions de personnes meurent par les guerres, où des états se replient dans des protections identitaires et belliqueuses, où la sécurité se diffuse partout dans l’expression d’une peur et d’un rejet de l’autre souvent décomplexés et violentes, la biologie nous apprend, par l’intime de l’être, que nous serions porteur chacun et chacune d’une caractéristique spécifique et cela, à vie.


Nous serions des « microchimères », c’est-à-dire que nous hébergerions dans notre corps des cellules entières avec un génome entier en provenance d’autres individus!


L’altérité que certains s’épuisent à combattre à l’extérieur il se pourrait bien qu’ils la portent en eux et de multiples façons…


De l’autre en nous
Ce phénomène scientifique remet en question l’identité biologique au niveau le plus élémentaire du vivant. Le corps humain n’est pas celui que l’on pense.


Il n’est pas un organisme isolé et fermé comme l’enveloppe placentaire qui se dit être par exemple une barrière imperméable ou encore, le système immunitaire qui serait une brigade armée et défensive « du soi » contre toute tentative d’intrusion extérieure de « non-soi ».


Une personne indépendamment d’avoir été greffée, peut porter des cellules qui ne lui appartiennent pas génétiquement, que ce soit de générations précédentes, de sa mère mais aussi parfois d’un jumeau ou d’une jumelle, y compris disparu.e ou « fantôme ».


Ces cellules voyageuses traversent les frontières biologiques au moment de la grossesse avec une grande imprévisibilité dans leurs trajectoires puisqu’elles circulent dans le corps de façon inattendue de la mère à l’enfant et de l’enfant à la mère permettant là aussi dans une sorte d’héritage génétique inversé de recevoir des cellules de son enfant ou fœtales y compris suite à une fausse couche, à un avortement. Ces cellules « buissonnières » pourront rester des années voire des décennies dans le corps et se transmettre de nouveau.


Répercussions
Les chercheurs s’interrogent sur la répercussion de ces cellules sur notre santé.


Ils y ont trouvé des capacités à satisfaire d’abord et de la meilleure des façons les besoins du fœtus, réparer des tissus ou des organes abîmés, diminuer le risque chez la femme de développer un cancer du sein, de l’ovaire ou du cerveau.


Elles peuvent participer d’une façon positive ou non au système immunitaire, et être impliquées parfois dans certaines maladies auto-immunes.


Même si l’identité biologique n’est pas figée nous montrant déjà à toutes les échelles qu’elle peut changer en fonction de l’environnement (y compris par l’exposition aux produits chimiques, au stress ou à notre alimentation), ce qu’il nous est d’abord montré dans ce livre au travers des études citées, c’est la capacité de cellules à se reconnaître pour non seulement communiquer mais aussi interagir comme le ferait tout écosystème, ici, cellulaire et mixte.


Nous serions ainsi, biologiquement plus liés aux autres que nous le pensons.
Notre organisme ne s’avèrerait pas être totalement « individuel » mais plutôt un « soi élargi » et que cela nous fasse peur ou non, nous serions bel et bien construits.es avec les autres, cohabitant avec eux !


Tout est relationnel
Ce qui est décrit ici de cet infiniment petit, me réjouit et je ne peux que le voir et le comparer à l’expérience de nos pratiques relationnelles qui participent de notre humanisation sans laquelle nous ne pourrions tout simplement ne pas être.


S’il y a transformation dans notre corps à partir d’échanges avec des cellules allochtones, il n’en n’est pas autrement de cette construction, souvent inattendue et toujours surprenante qui résulte de nos rencontres multiples et dans tous nos domaines de vie.


Cette socialisation à la base de notre construction d’être, s’établie aussi par la langue, par cette mise en commun qui sort de soi pour rencontrer l’autre, tous les autres.


Le résultat, à l’origine de ce partage est toujours nouveau, nourrissant ou blessant, il s’inscrit dans la dynamique d’un processus de changement non seulement réciproque mais toujours permanent.


Cependant, prendre la mesure de ce changement, ne serait-ce que le percevoir, le repérer, demande une attention à soi et aux autres toute particulière y compris et d’abord quand il s’agit de porter ce même regard d’une façon encore plus large à l’échelle de la société puis du monde.


S’il relève de l’impromptu, c’est qu’il a attiré l’œil ! Et il faut être disponible pour l’identifier, être capable de le comprendre et surtout de pouvoir le nommer pour que tout un chacun et chacune puisse se l’approprier, passé l’effet de surprise, dans un processus plus ou moins long de conscientisation.


Tout est politique
Ce travail d’attention, le Mouvement Insoumis le porte par cette « révolution du regard et des usages » que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux.


Le concept de créolisation qu’il emploie et qu’il emprunte au philosophe et poète Edouard Glissant dit justement la rencontre des altérités qui produit des situations nouvelles, qui permet tout en étant différents de créer quelque chose de nouveau. On trouve à la base de ce concept, la création du créole qui a surgie de la nécessité des esclaves d’échanger entre eux.


Pour JLM ce processus de créolisation trouve sa place dans cet espace vide qu’il constate entre un universalisme abstrait qui ne serait plus que l’étalon dominant et néfaste de sa propre culture et la réalité vécue et fractionnée du quotidien. Il le présente comme un fait social et culturel humain, une réalité qui se produit autour de nous et en nous et nous invite ensemble à regarder comment la société se créolise.


C’est par le concept plus large de la « Nouvelle France » qu’il illustre son propos et montre d’un point de vue sociologique et depuis 1958 (année de la constitution de la 5ème République) tous les changements sociaux- culturels qui s’y sont opérés : modes de vie urbain, émergences de nouveaux groupes sociaux et de droits spécifiques, immigration qui implique la parentèle d’un Français sur quatre….


A partir de ces deux notions, « créolisation » et « Nouvelle France », le mouvement Insoumis porte le projet politique d’une réelle et concrète mise en commun et propose l’horizon d’un universalisme humaniste et matérialiste. Cette démarche généreuse et d’ouverture se fera par la révolution citoyenne qui a commencé en soi.


Le livre : « Une destinée cellulaire particulière »Les cellules buissonnières de Lise Barnéoud (2023) édition Premier Parallèle