#2 / juillet 2026
Par Simon
La Gauche et la question militaire
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Une version audio de cet article est proposée pour favoriser l’accessibilité et l’inclusion de l’ensemble des lecteurs.


Souvent on s’étonne: «Simon tu es de gauche mais militaire, ça n’a pas de sens!»
Et on doit le dire: pour beaucoup dans notre camp, être membre des forces armées de la France et se définir comme progressiste, anticapitaliste et anti impérialiste peut sembler completement antinomique.
Je l’entends, bien sûr.
En 2012, lorsque je me suis engagé dans la Marine Nationale j’étais déjà politisé, déjà à gauche. Aujourd’hui, bien que mon engagement politique ait évolué, toujours plus vers la gauche, je le concède, je reste convaincu que cet engagement au sein des armées et de ma patrie reste pertinent et surtout cohérent avec mes idéaux.
Nation, Patrie et peuple en lutte armée
Il convient pour aller vers ces questions de différencier deux notions : celles du nationalisme et du patriotisme. Je vais citer un homme qui, bien qu’éloigné des doctrines que nous défendons, les a toujours respectées et a même gouverné avec elles, Charles de Gaulle :
« Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres ».
Depuis Valmy et sa victoire républicaine sur les royaumes européens coalisés face à la France révolutionnaire de 1792, nous pouvons admettre une utilité, un moyen matériel que la chose militaire puisse exister au profit du camp populaire.
J’ose un parallèle avec ce que fut la France Libre.
Elle a été, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, animée par des idées politiques différentes mais rassemblées par la volonté d’anéantir le nazisme qui occupait la France. Face à une menace extérieure, face au fascisme, le peuple en armes devient tout aussi légitime que nécessaire. D’abord clandestine, la Résistance s’est organisée puis est devenue une Armée régulière.
Dans ces exemples bien peu de nationalisme, mais du patriotisme.
C’est le peuple de Valmy qui a sauvé la Révolution. C’est l’Armée Rouge qui a déposé le régime nazi. Alors pouvons nous convenir d’une chose : l’armée n’est qu’un outil, un vecteur. Elle peut exister au profit du camp social. Son existence n’est pas intrinsèquement mauvaise. Sa nature et les valeurs qu’elle porte dépendent à mon sens de deux facteurs : ce que la puissance politique en fait et son organisation interne.
Le mensonge de la méritocratie
Le rôle social des Armées dans les domaines de l’insertion professionnelle et de la formation technique aux métiers est réel. En recrutant des soldats, marins et aviateurs sans diplôme et en les formant à des spécialités parfois très complexes, l’institution peut être concrètement un ascenseur social.
Ainsi nombre de militaires sans bac ou sans études supérieures sont devenus électrotechniciens ou même atomiciens !
Je suis moi-même titulaire d’un bac littéraire et je suis devenu expert en navigation, chef d’équipe, sur des bâtiments de combat de premier rang.
En outre, servir dans les rangs peut réveiller une conscience de classe. Plusieurs organisations de gauche comme le PCF ou la LCR clamaient :
« Soldat, sous l’uniforme tu restes un travailleur ».
En effet j’attire votre attention sur un fait : ce sont les classes éduquées et diplômées qui entrent dans les écoles d’officiers après avoir effectué les cursus les plus discriminants socialement : sciences et mathématiques. C’est la bourgeoisie, et parfois même trop souvent les reliquats d’une vieille aristocratie, qui dirige notre armée. Être subordonné de façon flagrante à ces personnes est un vecteur de cohésion, d’esprit d’équipage et in fine, de conscience de classe.
La progression dans les grades et les corps est possible bien que souvent limitée. Dans la réalité vécue, on différenciera toujours un officier sorti de l’École navale ou de Saint-Cyr d’un ancien sous-officier ou officier marinier. Les seconds n’atteignent que très rarement les rangs les plus élevés (généraux ou amiraux).
C’est bien par l’origine sociale de ses dirigeants[1], militaires comme politiques, que l’action et le fonctionnement de l’armée sont de fait aujourd’hui, marqués par des valeurs de droite : traditionalisme, domination sociale, impérialisme.
L’impérialisme et la domination de classe à remettre dans les livres d’Histoire
Les conquêtes coloniales de la France et sa volonté persistante de domination au-delà de l’Hexagone ont été et continuent d’être mises en oeuvre par ses armées. Son organisation actuelle fait que, bien trop souvent, à la rigueur hiérarchique se substitue une soumission aux cadres. En 2026 ce constat doit nous amener à repenser l’outil ainsi que son utilisation. C’est là que la question devient politique.
Alors, dans la nouvelle Nation que nous avons théorisée et dans laquelle nous vivons chaque jour, il faut faire advenir plus que jamais «l’Armée Nouvelle» de Jean Jaurès[2].
Nous devons, dans la Nouvelle France, faire advenir la Nouvelle Armée.
Je vous en proposerai des pistes dans un prochain numéro.
[1] NDLR : On note la rareté des études scientifiques à ce sujet : https://sociomili.hypotheses.org/1407
[2] L’Armée nouvelle, Jean Jaurès, 1915, Éditions populaires, Paris. https://fr.wikisource.org/wiki/L’Armée_nouvelle
