#2 / JUILLET 2026

Par Malick et Kenza

Médine : « La haine est le carburant des guerres, l’humanité celui de la paix »
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Une version audio de cet article est proposée pour favoriser l’accessibilité et l’inclusion de l’ensemble des lecteurs.

La révolte
Le 13 janvier 2026, une centaine de personnes se rassemblent Place de la Liberté devant la mairie centrale de Brest. L’horaire tardif et en pleine semaine laisse transparaître l’urgence de la situation.  En effet, le pouvoir Iranien est accusé, à juste titre, de répression sanglante contre son peuple.


Ce peuple s’est d’abord soulevé le 28 décembre 2025 pour des raisons économiques, contrairement à l’instrumentalisation faite par tout ceux qui rêveraient de voir à nouveau l’Iran sous tutelle de l’Occident, et surtout des USA et d’Israël. Cette révolte part du grand bazar de Téhéran et se radicalise rapidement jusqu’au 8 janvier 2026 où la violence envahit la rue.


Selon la journaliste Marmar Kabir, « Il devient alors compliqué d’évaluer sa dimension réellement insurrectionnelle, le rôle éventuel d’acteurs extérieurs, la part des provocations policières ou la volonté du gouvernement d’éteindre toute contestation au prix d’un massacre. La coupure d’Internet quelques heures avant que ne déboulent dans les rues des escadrons armés en dit long, comme le refus d’accorder des visas aux journalistes étrangers« .


Ces événements ont évidemment un impact dans la diaspora iranienne partout dans le monde, qui se mobilise en soutien aux révoltés, et dans ce tumulte, un drapeau peu commun apparaît à Brest malgré les consignes interdisant les drapeaux dans ces rassemblements, différent de celui de la Palestine que les Brestois connaissent bien mieux depuis le commencement du génocide à Gaza.



Ce drapeau n’est pas celui de l’Iran, même s’il en a bien les couleurs : c’est celui de l’état impérial d’Iran, de la dynastie Pahlavi. Vous savez, ce régime monarchique autoritaire proche des USA, dont le souverain s’est maintenu au pouvoir en éliminant ses opposants politiques à l’aide de la SAVAK, organisation chargée de la sécurité intérieure et du renseignement ? En 1953, il a commis un coup d’état (opération Ajax) contre Mohammad Mossadegh, le Premier ministre iranien légitime de l’époque qui s’opposait au chah et à l’impérialisme états-unien.


Il n’était déjà pas bon à l’époque qu’un pays du Sud veuille s’émanciper de l’ingérence coloniale de l’Occident en nationalisant une compagnie pétrolière britannique, qui pillait allègrement les ressources locales depuis des années, et en essayant de faire en sorte que les richesses iraniennes servent avant tout aux Iraniens et Iraniennes.


Voilà donc que, pour réclamer une sortie d’un régime autoritaire, certains ressortent le drapeau d’un régime pourtant autoritaire, qui a d’ailleurs provoqué la révolution iranienne de 1979 (et non révolution islamique, puisque des groupes révolutionnaires laïques, de gauche notamment, ont participé à la chute de la monarchie), rapidement confisquée par le clergé chiite.


La guerre
Depuis le 28 février 2026, tous les quinze jours, à Brest, nous sommes nombreux dans la rue pour dire une chose simple : aucune paix durable ne naîtra des bombardements.


Nous marchons en soutien au peuple iranien, contre la guerre et contre l’escalade militaire menée par les États-Unis et Israël au Moyen-Orient.


Dans le débat public occidental, l’Iran est toujours présenté comme l’agresseur, résumé à l’image caricaturale du « régime des mollahs ». Bien sûr, personne ne peut nier la nature autoritaire de la République islamique ni les violences exercées contre sa propre population. Les Iraniennes et les Iraniens qui se battent pour leurs libertés le rappellent depuis des années, notamment à travers le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Mais une analyse géopolitique impose une chose essentielle : regarder les faits avant les narratifs.


Et les faits sont là.


Dans ce conflit, ce sont bien les frappes israélo-américaines qui ont déclenché l’escalade militaire en frappant directement le territoire iranien le 28 février 2026.
Le débat public français peine souvent à nommer cette réalité. Comme si certaines puissances avaient le monopole de la « guerre préventive », du droit de frapper en premier, tandis que d’autres seraient condamnées à être systématiquement désignées comme seules responsables des tensions.


Refuser cette lecture binaire, ce n’est pas défendre le régime iranien. C’est défendre une exigence de cohérence. Car le droit international ne peut pas être invoqué dans une lecture à géométrie variable. On ne peut pas dénoncer certaines violations et fermer les yeux sur d’autres selon les intérêts stratégiques des grandes puissances occidentales.


L’hypocrisie mondiale
Cette guerre révèle aussi une hypocrisie plus large : celle d’un système mondial entièrement dépendant des équilibres militaires autour du pétrole.


Le détroit d’Ormuz, devenu l’épicentre de la crise, concentre à lui seul près de 20 % du pétrole mondial transporté par voie maritime. Après les frappes américano-israéliennes, les tensions dans cette zone stratégique ont provoqué une envolée immédiate des prix de l’énergie.

Le prix du Brent a dépassé les 126$ le baril, retrouvant des niveaux inconnus depuis les débuts de la guerre en Ukraine.


Derrière ces chiffres, il y a des conséquences très concrètes : hausse de l’essence, augmentation des coûts du transport, inflation sur les produits du quotidien, pression supplémentaire sur les ménages populaires déjà étranglés par le coût de la vie, comme on peut le voir en France.


Comme toujours, les guerres des puissants sont payées deux fois par les peuples : d’abord par les morts et les destructions sur place ; ensuite par les conséquences économiques mondiales. Pendant ce temps, les industriels de l’armement prospèrent, les marchés spéculent sur le pétrole et les grandes puissances avancent leurs intérêts géostratégiques.


L’Iran utilise le détroit d’Ormuz comme levier stratégique dans son rapport de force avec Washington et Tel-Aviv. Mais là encore, il faut rappeler la chronologie : le blocage partiel du détroit intervient après les frappes initiales contre l’Iran.


Dans ce contexte, Il faut arrêter de présenter le conflit comme l’expression d’une agressivité uniquement iranienne, la vérité est plus complexe. Et c’est précisément cette complexité qu’il faut défendre aujourd’hui contre les logiques simplistes de guerre.


La paix
À Brest, notre message était clair : nous refusons de choisir entre les impérialismes. Nous refusons la logique des blocs militaires. Nous refusons que les peuples deviennent des variables d’ajustement géopolitiques. Nous sommes solidaires des Peuples, pas des gouvernements. Solidaires des civils iraniens qui subissent les sanctions, la répression et maintenant les bombardements. Solidaires aussi de tous les peuples du Moyen-Orient enfermés depuis des décennies dans des guerres sans fin.


L’histoire récente devrait pourtant nous avoir servi de leçon. Irak, Afghanistan, Libye : chaque intervention militaire présentée comme une nécessité stratégique a laissé derrière elle des sociétés fracturées, des milliers de morts et une instabilité qui perdure.


Aujourd’hui, nous choisissons une autre voie : celle de la PAIX, du droit international, de la diplomatie et de la solidarité entre les peuples.
Être debout contre la guerre, ce n’est pas être naïf. C’est refuser que la violence guerrière devienne la seule langue du monde.