#1 / Décembre 2025

Par Christophe Osswald

Ciarán, Darragh, ces tempêtes
qui pèsent sur les paysans
et les habitants
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Une version audio de cet article est proposée pour favoriser l’accessibilité et l’inclusion de l’ensemble des lecteurs.

À la première nuit de novembre 2023, la tempête Ciarán frappait le Finistère. 1000 arbres arrachés sur la ville de Brest, 3000 sur la métropole, et bien plus qui ont perdu des branches maîtresses, laissant un tronc affaibli. En 2024, la première tempête de la saison a été Darragh ; elle ne s’est produite que début décembre. Moins forte et surtout plus tardive, Darragh a été heureusement bien moins destructive.

Deux ans après, les traces de Ciarán sont encore visibles.
En ville, ce sont encore quelques souches déracinées et surtout des rangées d’arbres incomplètes. En campagne, nombre d’arbres sont restés longtemps couchés là où ils ne gênaient pas la circulation, et certains chemins ont attendus plus d’un an leur réouverture. Les bâtiments de béton ou de briques ont plutôt bien résisté. Sur les bâtiments agricoles, souvent plus légers et plus vieux, la tempête a été plus rude. Pour les serres en pleine terre, ça a été un massacre.

Que nous a appris Ciarán ?
D’abord qu’en période de crise ce sont les gens qui sont précieux. En ville, les agents des espaces verts étaient partout, pour sécuriser les lieux où les arbres étaient tombés ou dont les branches menaçaient. Dans les zones rurales les communes comportent bien plus d’arbres, et bien moins d’agents. Le plus souvent, ce sont les paysans qui ont sorti les tracteurs et les tronçonneuses pour dégager les passages et libérer les routes.
Ciarán nous a montré que face à la tempête, comme face à bien d’autres crises, nous n’étions pas prêts à faire face collectivement. Elle a mis en lumière la logique générale de mise à l’abri devenue centrale dans notre culture. Cette logique est pertinente face à une petite crise : celles et ceux dont c’est le métier agissent, et tous les autres se tiennent en sécurité au plus loin de l’action. Mais lorsque la crise est plus grave, la doctrine se vide. Ainsi, rien n’est prévu, en ville, pour recevoir l’aide d’habitants de bonne volonté et ayant quelques compétences et matériels de bûcheronnage. En zone rurale, on se retrouve à saluer et remercier les agriculteurs qui ont dégagé les routes. Mais on ne sait pas anticiper : ces paysans ne sont pas inclus dans un plan de crise communal ; s’ils se blessent ou abîment leur matériel dans ces actions d’intérêt général, aucune compensation n’est garantie ; s’ils ont, eux aussi, besoin d’aide, il n’y a guère de façons de leur en apporter.
 
Et demain ?
Notre société doit évoluer vers une logique d’entraide et d’action collective. Il faut décloisonner les rôles et les métiers pour aller vers plus de polyvalence. Il faut assumer que lorsque les éléments mettent un territoire en danger, le contexte administratif – et contractuel – doit accompagner plutôt que bloquer celles et ceux qui veulent aider. Cela impliquera davantage de confiance envers les agents du service public comme envers les gens en général, davantage de liberté pour les uns comme pour les autres, et pour cela de limiter le carcan contractuel qui lie les institutions publiques à tant de partenaires privés – ou publics.

L’enjeu de l’adaptation
Ciarán, enfin, nous a donné un aperçu d’un avenir peu désirable. Celui des automnes anormalement doux, dans lesquels les pluies sont abondantes et les arbres gardent leur feuilles longtemps. Des automnes anormalement doux, et les eaux de surface océaniques alimentent l’atmosphère avec une énergie plus importante. Ces automnes anormalement doux, ce sont aussi des vents plus forts, qui frappent des arbres aux racines mal accrochées et aux branches trop chargées. C’est le sens général du changement climatique. Un enjeu de l’adaptation sera de faire évoluer notre végétation urbaine et périurbaine pour que ces causes prévisibles aient des conséquences modérées.
L’hiver 2025 a été un répit. Mais d’autres tempêtes viendront : il nous appartient d’y faire face avec intelligence et solidarité.

Ciarán a montré que séparer paysans et citadins, ou agriculteurs et habitants, est une impasse.
L’aide qu’ont reçu les paysans a été minime, alors que les tunnels étaient arrachés et les arceaux tordus. Il faut, pour les citadins, retrouver le chemin des champs. Y aider parfois, et mieux connaître celles et ceux dont c’est le métier. La ceinture maraîchère que nous voulions reconstituer en 2020 est un outil toujours pertinent pour ce rapprochement. Les réseaux de consommateurs et de sympathisants qu’animent certains agriculteurs autour de leur ferme le sont aussi. Les associations qui portent ce lien, enfin, doivent être accueillies et développées.

Note de la rédaction :
En France, la prévention des risques naturels est gérée à plusieurs échelles, intégrant l’Etat, les collectivités territoriales, et parmi elles, en première ligne, les communes. Mais si la doctrine précise que  » le premier acteur est le particulier, qui doit connaître son exposition au risque, respecter la réglementation et se préparer à son échelle à la survenue d’un évènement », rien n’est en revanche prévu pour sa participation à la gestion de la crise une fois survenue, en dehors des procédures d’indemnisation nécessaires.

 
Ressources utiles et compléments :
– Pour connaître son risque d’exposition aux risques naturels, il est recommandé de se reporter au site Géorisques.
– Pour connaître le (très succinct) Document d’information communal sur les risques majeurs de Brest métropole (DICRIM).
Sur la participation citoyenne à la gestion des risques, voir cet article du CEREMA.