#1 / Décembre 2025

Par Gibo

Musiques
en lutte
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Une version audio de cet article est proposée pour favoriser l’accessibilité et l’inclusion de l’ensemble des lecteurs.

Vous n’en pouvez plus du refrain «Motivés, motivés» en manif, chanson qui a accompagnée toutes nos défaites depuis 2002 ? L’injonction «On lâche rien, on lâche rien» des HK vous donne de l’urticaire à force de répétition ? Le fait de pouvoir deviner la playlist du camion CGT une année à l’avance vous plombe le moral ? Et bien nous aussi. C’est pourquoi on a décidé d’ouvrir un peu nos horizons, et de piocher dans le grand répertoire de la musique de lutte, et de vous proposer des morceaux revendicatifs, du Québec à la Sibérie, en passant par Belfast et la Pologne…
 
Un Hommage au prolétariat du Québec – Je suis fils – Corrigan Fest – 2007
Le groupe de punk celtique quebecois nous propose en 2007 sur son album très engagé «La victoire en chantant» une chanson qui fera date: «Je suis fils». Au contraire d’un chant patriotique, exultant le pretendu glorieux passé d’une nation, ce morceau nous présente le Québec comme la terre d’accueil de tout les rebuts du royaume de France. Un pays qui se construit sur des guerres et des génocides. Mais en paralèlle le narrateur met en lumière le courage et les convictions libertaires du proletariat, balloté dans les évènements et les époques. «Je n’aime pas le lys, je n’aime pas la croix /Une est pour les curés, et l’autre est pour les rois /Si j’aime mon pays, la terre qui m’a vu naître / Je ne veux pas de dieu, je ne veux pas de maître.»
> Autre version possible : celle du groupe «Glasnost»
 
Belfast West Side – Get your brits out Kneecap – 2019
Kneecap est un groupe de rap fondé par trois jeunes de Belfast West. Ils sont farouchement républicains (au sens irlandais), contre la domination britannique et pour la défense du gaélique (leur textes sont d’ailleurs un mélange entre argot des quartiers ouest, gaélique et anglais). Ils prennent aussi régulièrement position contre le génocide en Palestine. La chanson Brit’s out est un mélange d’anecdotes de vie et de soirées dans leur ville, et de dénonciation de la mainmise britannique sur l’Irlande du Nord. Le refrain est une scansion du slogan et de la revendication historique républicaine: «Get’s your brits out/ Get’s your brits out / We’re on a mad one».
 
Lutte des classes – Solidarity Angelic Upstarts 1985
Angelic Upstarts est un groupe de punk Oï fondé en 1977 dans une ville industrielle sinistrée du nord-est de l’Angleterre. Maturés de traditions socialistes, ouvrières et contestataires, ils dénoncent dans leurs textes les violence policières, les attaques fascistes lors des concerts, et le capitalisme. La chanson Solidarity est une ôde à la lutte ouvrière, et notamment des travailleurs polonais, qui dans le contexte de sortie de la chanson, sont en train de se mesurer avec le régime dictatorial communiste de Jaruzelski. Les grèves menées par le syndicat “Solidarnosc” (qui se compromettra plus tard avec la droite la plus dure, amenant à la protestation et la démission de son fondateur, Lech Walesa) sont l’inspiration principale de la chanson. Le refrain nous exhortent à garder espoir dans les temps troubles, et à chérir la solidarité de classe « comme une bougie qui brûle dans l’obscurité de la nuit».
 
L’hymne du goulag – Vaninsky port (Ванинский порт) – Inconnu – 1947
Ce dernier morceau au sujet sinistre a certes peu de chance de se retrouver dans la playlist d’une manifestation. Mais sa terrible évocation de la lutte et du desespoir des zeks (prisonniers du goulag) lui donne une force mélancolique et fédératrice. «L’hymne du Goulag» nous raconte les impressions des prisonniers en apercevant du bateau le port de Vanino, porte d’entrée de la Kolyma, région regroupant des dizaines de goulags, et la tristement célèbre ville de Magadan. Cette chanson, écrite en 1946, d’un auteur qui n’a pas souhaité se faire connaitre pour des raisons évidentes, est devenue une chanson traditionnelle, un classique de la culture russe. Et elle nous rappelle que le peuple russe n’a cessé de subir et de lutter contre la tyrannie, stalinienne ou poutinienne, hier ou aujourd’hui.
Parmi les dizaines de versions existantes, celle du groupe Vulgargrad ou celle du chanteur Mikhail Gulko vous permettront d’entrer dans l’histoire et la culture russe, et peut-être vous aussi apercevoir «le port de Vanino /Et le cri des paquebots moroses /Tandis que nous marchions sur la passerelle/ Vers les fonds de cale, froids et sombres. /La brume s’étendait sur la mer /Hurlaient les vagues /Sur la route de Magadan /Capitale de la région de la Kolyma.»
 
D’autres idées…
All you fascists bound to lose – Nina Hagen : Reprise country par la punk allemande Nina Hagen d’un classique de la chanson antifasciste américaine.
Cerises d’amour – Hamon Martin Quintet:
Sur un texte de Sylvain Giro, qui mélange différentes chansons de lutte ensemble.
J’aime mon Pays – Sexy Sushi :
Chanson ironique sur la bourgeoisie fascisante dans toute son hypocrisie.
La Rade – Yann Tiersen:
De la nécessité de ne pas se laisser abattre par l’adversité, et relever la tête pour lutter.